06.11.2009

Le sarkozysme n'est pas une politique, mais un enfumage

Le sarkozysme n'est pas une politique, mais un enfumage

Le sarkozysme tient moins dans les réformes que dans la façon de gouverner : la majorité actuelle est experte en esquives, entourloupes, et bobards momumentaux.

Profitons d’être arrivés à mi-mandat du président de la République pour faire un point sur le sarkozysme.
Qu’entend-on vraiment par « sarkozysme » ? Que recouvre cet exercice du pouvoir apparemment rejeté par une majorité de Français, d’après les derniers sondages, mais qui conserve, on le constate chaque jour, un attrait suffisamment fort pour continuer à en berner beaucoup ?
Le sarkozysme n’est pas d’abord une politique. Ce n’est pas ce qui le caractérise le mieux, et ce n’est donc pas par là qu’on parviendra le plus aisément à l’atteindre au coeur.
Est-ce à dire que le sarkozysme n’a pas de consistance idéologique ? Bien sûr que non. Le sarkozysme est très cohérent. Il vise à adapter la France, dans ses structures économiques et sociales, dans ses principes politiques, dans sa chair, au projet libéral-mondialiste. Union européenne antidémocratique, destruction des services publics et de l’Etat, affaiblissement des principes républicains comme la laïcité et l’égalité, destruction de la cohésion nationale par le communautarisme et la discrimination positive, tout concourt à mener une politique de renoncement à la France et à nos idéaux.
Toutes les mesures s’articulent les unes avec les autres, rien n’est laissé au hasard. Le corpus idéologique du sarkozysme, s’il se cache derrière un prétendu pragmatisme, est en réalité solide et implacable

Si ce n’est une politique, qu’est donc le sarkozysme ?

Nous pensons qu’il s’agit avant tout d’une façon de gouverner, d’un contenant plus que d’un contenu. Et un mot résume parfaitement ce contenant : enfumage.
Plus que jamais en effet, le pouvoir depuis l’élection de Nicolas Sarkozy ment, manipule et trompe les citoyens. La campagne du candidat de l’UMP avait déjà donné le ton : désormais le pouvoir ne s’astreindrait plus au moindre devoir de vérité. L’objectif sera de faire durer l’illusion, et pour cela tous les moyens seront bons.
 
Entendons-nous bien, nous ne disons pas que nous sommes passés un beau jour de 2007 de la Vérité au Mensonge. Le mensonge fait partie de la politique, et il gangrénait déjà largement le débat avant l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy.
Ce que nous disons, c’est que sous la présidence Sarkozy, le mensonge et la manipulation ont été industrialisés, professionnalisés à un point tel qu’il est aujourd’hui extrêmement difficile, sur la plupart des sujets, de démêler le vrai du faux.

Sur l’insécurité et l’immigration par exemple, le gouvernement entretient en permanence le sentiment de l’action et de la fermeté.
Tous les 6 mois, et prioritairement les veilles d’élection, le débat est relancé. Une idée révolutionnaire apparaît, qui sera toujours sans lendemain. Mais peu importe, puisque la rapidité du passage d’un thème à l’autre dans l’agenda politique et médiatique tue la mémoire du citoyen. Hier les tests ADN, aujourd’hui le couvre-feu pour les mineurs délinquants, sans oublier l’opportun débat sur l’identité nationale.

Sur la crise, la même technique a été utilisée. Nicolas Sarkozy est dans l’action, il est à l’origine des G20, il a conduit avec panache la présidence de l’Union européenne en 2008 et a su sortir la France des griffes de la récession. Il serait très dur avec les patrons voyous, les banquiers pourris, et les paradis fiscaux.
Tout cela est parfaitement faux bien sûr, Sarkozy est systématiquement marginalisé lors des G20, rien n’a changé, les traders s’amusent plus que jamais, mais l’important est d’être parvenu à faire croire le contraire.

Sur l’Europe, la dernière campagne des élections au Parlement fut un parfait exemple de cet enfumage généralisé : comme jamais, l’Europe fut critiquée, dénoncée à juste titre dans ce qu’elle bride les Etats nations et aggrave les effets de la mondialisation libérale. Même les partis réputés européistes y allaient de leur petit couplet sur l’Europe trop libérale, trop dogmatique, trop technocratique.
Dans les faits, tout ce petit monde poussait en catimini à l’adoption la plus rapide possible du Traité de Lisbonne, nouveau nom de la Constitution européenne, qui renforce plus que jamais, on s’en rendra compte bien assez vite, les dérives de l’Europe : encore plus de libéralisme, encore plus de libre-échange, encore moins de liberté pour les pays membres.

Mais pour tenir, le sarkozysme n’agit pas seul.
Il se fonde sur un astucieux montage en triangle : la première extrémité est constituée du pouvoir, qui fixe l’agenda et la stratégie, la deuxième des médias, qui relaient complaisamment la communication gouvernementale et organisent les conditions d’un débat biaisé, la troisième des sondages qui structurent le débat et viennent à la rescousse du pouvoir quand celui-ci est menacé. Le rapport de la Cour des comptes de juillet dernier avait très bien mis au jour ce petit manège, en dévoilant les pratiques scandaleuses du triangle Elysée/Le Figaro/Opinionway.

C’est en expliquant les tenants et les aboutissants de ce système très bien rôdé qu’on agira vraiment efficacement, et durablement, contre le sarkozysme. On ne tuera vraiment la bête que lorsqu’elle sera transparente pour tout le monde, et qu’il ne lui sera donc plus possible de tromper.
Alors seulement les conditions d’un vrai débat, prélude à une vraie alternative politique, seront réunies. Alors seulement la démocratie pourra jouer son rôle et mener la France et les Français vers un destin qu’ils auront réellement choisi.

Source Mariane
Vendredi 6 Novembre 2009
Le Vrai Débat - Blogueur associé

15.10.2009

En sarkoland,c'est corruption de l'esprit public

Pour saisir sur le vif ce que nous devons subir avec cette présidence, entre déshonneur et avilissement, il suffit de regarder une vidéo, récemment mise en ligne par nos confrères de Bakchich et extraite d'un documentaire sur la mémoire de la Résistance. Nous sommes en 2008, au cimetière du maquis des Glières en Haute-Savoie, lieu momentanément requis par Nicolas Sarkozy pour inscrire sa présence dans un univoque roman national, fait de sacrifice et d'héroïsme.

Il suffit d'avoir arpenté une seule fois, à la descente d'une randonnée sur le plateau, ce lieu pour savoir qu'il invite, presque physiquement, au silence et au recueillement. Rien de tel avec l'homme supposé ici représenter la République et les citoyens qui la composent: la sonnerie aux morts terminée, il montre son peu de souci de ce qu'il incarne, de sa fonction publique tout comme de l'imaginaire collectif qu'il vient de convoquer. Rieur, blagueur, léger et superficiel, non sans une certaine vulgarité d'esprit, toute son attitude nous dit combien rien de cela n'a pour lui d'importance véritable ou profonde, hormis l'usage instrumental qu'il vient d'en faire dans la quête d'un bénéfice de propagande.


Pourquoi commencer cette réflexion sur quelques événements récents, de la polémique autour de Frédéric Mitterrand à la promotion éclair de Jean Sarkozy, par ces images d'un président livré à lui-même? Parce que, s'agissant d'un pouvoir résolument personnel, il n'est pas permis de faire l'impasse sur la personne qui l'incarne: son comportement, ses paroles et ses gestes, l'idée qu'elle se fait de sa fonction, l'image qu'elle en donne, l'usage qu'elle en fait.

Ce n'est pas nouveau, et cette question fut aussi posée sous les présidences précédentes, notamment celles de Valéry Giscard d'Estaing, de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui, toutes trois, marquèrent une accentuation de la dimension monarchique de nos institutions. Avec leur actuel successeur, la question devient majeure tant le sarkozysme s'assume comme le stade suprême de notre vieux bonapartisme, revendiquant explicitement une présidentialisation accrue du régime. Un pouvoir sans contre-pouvoirs repose plus que tous les autres sur les règles, usages et principes que s'applique à lui-même celui qui en est le détenteur.

Depuis l'Antiquité et jusqu'à nos Républiques, c'est ce qu'il est convenu d'appeler la vertu. Loin de ressortir de la morale privée, cette vertu publique souligne justement la spécificité de l'espace public comme lieu politique de délibération et de représentation collectives. Or, sous Nicolas Sarkozy, ces distinctions n'ont plus cours. La pédagogie dont le chef de l'Etat se fait l'infatigable instructeur, par ses propos et ses actes, est celle de l'abolition des limites et des frontières.

D'autres présidents ont abusé de leur pouvoir, nous le savons d'expérience. Mais ils l'ont fait dans une paradoxale conscience qu'ils discréditaient leur fonction, qu'ont illustré leurs ruses, cachotteries ou mensonges. Rien de tel depuis 2007 avec une présidence qui revendique, sans fard, en l'accompagnant d'une brusquerie à la limite de la grossièreté, l'extension infinie de sa domination, de ses réseaux, de ses protégés.

Jean Sarkozy ou la "culture monarchiste"

Dominique Rousseau est professeur de droit constitutionnel à Montpellier-I. Il est membre de l'Institut universitaire de France et a été membre du Conseil supérieur de la magistrature de 2002 à 2006.

Comment réagissez-vous à l'élection attendue de Jean Sarkozy à la présidence de l'EPAD ?

Cette élection attendue a l'apparence de la légalité : Jean Sarkozy a été élu conseiller général. Le conseil général l'a ensuite élu au conseil d'administration de l'EPAD et va bientôt l'élire président de ce même établissement. Nous sommes dans le cadre d'une légalité républicaine reposant sur le suffrage universel. Cependant, derrière cette apparence se cache une réalité, la reproduction héréditaire des élites.

Une ministre a déclaré au Monde en privé : "C'est du népotisme, mais cela a toujours existé sous la Ve République"…

Cet événement n'est pas symbolique de la Ve République, mais plutôt de la culture monarchiste française latente dans notre pratique politique et constitutionnelle depuis 1789. De grandes dynasties politiques se sont succédé : Lazare Carnot, ministre de l'intérieur en 1815, dont le petit-fils, Sadi, devient president ; François Arago, un des fondateurs de la IIe République, dont le frère Etienne est élu à l'Assemblée constituante et le neveu Emmanel devient ministre ; Jules Jeanneney, président du Sénat, dont le fils Jean-Marcel est ministre du général De Gaulle et le petit fils Jean-Noël, secrétaire d'Etat sous François Mitterrand

Est-ce une spécificité française ?

Non. Le tout nouveau premier ministre grec, Gheorghios Andréas Papandréou, est le fils d'Andréas, qui fut deux fois premier ministre. Il est aussi le petit-fils de Gheorghios, qui occupa trois fois cette même fonction entre 1944 et 1965. Héritier d'une dynastie républicaine de gauche, Gheorghios Andréas était d'ailleurs opposé, lors des dernières élections, à un héritier d'une dynastie de droite, Konstantinos Karamanlis. Même chose au Japon, où l'actuel premier ministre, Yukio Hatoyama, est issu d'une grande dynastie.

Pourquoi ce fonctionnement est-il gênant ?

Cette pratique referme la classe politique sur elle-même et dresse un mur entre la "noblesse d'Etat" dont parlait Pierre Bourdieu et le tiers état, le bas peuple qui accède plus difficilement à l'exercice du pouvoir mais à qui on demande d'acclamer par le vote cette "noblesse" qui s'autoreproduit.

Il est intéressant de relire Alexis de Tocqueville. A son retour des Etats-Unis, vers 1830, Alexis de Tocqueville défendait l'introduction du suffrage universel. A ses amis qui le traitaient de fou, il disait en substance : "Ne vous inquiétez pas, le suffrage universel ne fait que légitimer l'exercice du pouvoir par ceux qui l'ont déjà."

Est-ce une faiblesse de la démocratie ?

Sur le plan de la philosophie politique, l'élection a changé peu de choses. On retrouve une transmission héréditaire du pouvoir politique à travers le temps, les formes de gouvernement, de régimes. Au point de s'interroger sur la portée de l'élection comme instrument de démocratisation réelle de nos institutions.

L'élection est considérée comme l'instrument permettant au peuple d'exercer le pouvoir. On se rend compte qu'elle est un instrument permettant de confier l'exercice du pouvoir à ceux qui le possèdent déjà. Une réflexion de grande envergure est à mener sur la signification du vote dans la construction des pratiques démocratiques.

Et si cette réflexion n'est pas menée ?

Qu'est-ce qui a conduit le peuple à se révolter au XVIIIe siècle ? Il connaissait la famine et avait l'impression que les mêmes se partageaient tous les pouvoirs. Le peuple français est très patient, mais il faut tout de même faire attention, faire preuve d'un minimum de bon sens. Jean Sarkozy entame sa deuxième année d'étude de droit et n'a que dix-huit mois de présence au conseil général ! Devant le silence des institutions, devant cette classe politique qui se referme sur elle-même, le peuple pourrait laisser éclater sa colère.

Propos recueillis par Laure Belot