22.07.2009

Sondages payés par Sarkozy: "connivence" ou "fausses factures"?

Delphine Batho a commencé par rappeler les faits:

« l'Elysée a passé une convention avec un cabinet d'études pour un coût de près de 1,5 millions d'euros, montant «  exorbitant au regard des règles de l'exécution de la dépense publique » selon la Cour des Comptes. De plus, ce cabinet -  qui serait le cabinet Publifact de Monsieur Buisson - a facturé  à l'Elysée, pour 392 288 euros, des sondages OpinionWay, dont les résultats étaient publiés par Le Figaro et LCI. »

Avant d'émettre 2 hypothèses et de demander au Premier ministre que la représentation nationale soit pleinement informée des faits :

« Soit l'Elysée a payé des sondages pour les faire publier dans certains médias, ce qui met en lumière un système de connivence entre le pouvoir, son cabinet conseil, un institut de sondage et certains médias, dans le but, non pas d'étudier l'opinion publique, mais d'influencer le débat politique. La société des rédacteurs du Figaro s'en est d'ailleurs inquiétée en demandant que soit mis un terme immédiatement à ce type de « coproduction ».

Soit, seconde hypothèse, si comme l'indique Claude Guéant, l'Elysée a payé des sondages qui étaient également payés par certains médias, alors tout ceci s'apparenterait à une affaire de sur-facturation ou de fausse facturation. »

Ce sont ces 2 « hypothèses » qui ont amené Delphine Batho et le groupe socialiste à demander la création d'une commission d'enquête parlementaire.

En réponse à Delphine Batho, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Henri de Raincourt, a déclaré que la convention entre l'Elysée et le cabinet privé est "claire et transparente, parfaitement respectueuse des marchés publics" et que "le budget de l'Elysée n'a financé aucun de ces sondages". Une déclaration particulièrement « courte » au vu de la gravité des soupçons qui pèsent sur l'Elysée et ses « partenaires ».

Ce mercredi matin les 2 hypothèses posées par Delphine Batho se trouvent singulièrement renforcées par la publication d'un article de Marianne2.fr, signé Philippe Cohen.

Les informations dont dispose Philippe Cohen lui permettent de détailler ainsi la composition de la facture 392 000 euros présentée par le cabinet Publifact à l'Elysée :

« -    Opinion Way a facturé Publifact de 190 000 euros soit moins de la moitié des 392 000 euros recensés par la Cour des Comptes ;

-    Opinion Way a facturé 50 000 euros le Figaro et LCI pour le Politoscope. »

Ce détail montre que l'hypothèse de la connivence ne doit pas être écartée loin de là. Comme l'écrit Marianne2.fr, « la contribution de l'Elysée, via Publifact, à ce budget, est décisive puisqu'elle représente les trois-quart des recettes générées par cette étude » OpinionWay. Et le site de s'interroger sur la rentabilité de l'étude en l'absence du financement de l'Elysée !

« Exclusif: Buisson réalise 50% de marge brute sur les sondages! », le titre de l'article de Marianne et sa conclusion nourrissent largement les interrogations sur la possibilité d'un système de « sur-facturation ou de fausse facturation » évoqué par Delphine Batho à l'Assemblée nationale.

Sur questions particulièrement graves pour la tenue du débat démocratique, l'Elysée et ses partenaires ne peuvent s'en tenir à des démentis contradictoires.

18.07.2009

Un chant d'actualité

17.06.2009

Comment le PS veut organiser ses primaires

Jusqu'ici, le débat autour des primaires présidentielles du PS attristait davantage qu'il ne parvenait à enthousiasmer. Sujet escamoté lors du dernier congrès de Reims (alors qu'il figurait dans chacune des motions en lice), il demeurait une coquille vide laissant libre cours aux interprétations de chacun. Restreintes aux adhérents socialistes ou aux sympathisants? Ouverte au reste des partis de gauche? À l'italienne ou à l'américaine?

 

Depuis le piètre résultat socialiste aux élections européennes, le 7 juin dernier, le débat s'est accéléré tout en se complexifiant. Et les primaires sont revenues au cœur des discussions. Caricaturées par les uns, non sans fondements, comme une préfiguration du retour de la valse des ego (Valls est déjà candidat, Moscovici lance une pétition, Delanoë n'exclut rien). Défendu mordicus par les autres, comme moyen de régénérer un parti mal en point, en ouvrant, selon la formule consacrée au point de paraître éculée, «les portes et les fenêtres». Dans le même temps, la percée réalisée par Europe-Ecologie risque de ne pas faciliter les efforts d'une candidature unique au premier tour, les ambitions des Verts n'en étant que devenues plus grandes.

 

Si Martine Aubry s'avoue réticente à évoquer la question avant d'avoir (autre formule consacrée) «remis le parti au travail», elle pourrait donner son accord pour une convention nationale au lendemain des élections régionales, en mars 2010. Et un atelier consacré aux primaires devrait être organisé lors de l'université d'été 2009 de La Rochelle.

 

Car une commission de travail planche sur un modèle d'organisation possible, avec l'engagement d'assurer la confidentialité de leur réflexion. Réunie autour du député Arnaud Montebourg, secrétaire national à la rénovation, elle a rassemblé tous les mercredis depuis le 25 mars des représentants de toutes les «sensibilités» du parti, afin d'ébaucher une proposition commune.

On y retrouve ainsi Olivier Ferrand (président du think-tank Terra Nova), Christophe Borgel (secrétaire national aux élections, proche de Dominique Strauss-Kahn), Guillaume Bachelay (proche de Laurent Fabius), Guillaume Balas (proche de Benoît Hamon), Philippe-Xavier Bonnefoy (proche de François Hollande), Emeric Bréhier (proche de Pierre Moscovici), Christophe Caresche (représentant du Pôle écologique), Alain Fontanel (proche de Bertrand Delanoë) et Jean-Pierre Mignard (proche de Ségolène Royal).

 

Destiné à mieux encadrer le processus de désignation à la présidentielle, pour éviter l'impréparation et les divisions de la dernière expérience de 2006 (remportée au premier tour par Ségolène Royal, devant Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius), la proposition de la «commission Montebourg» prend la forme d'une série de 58 articles, qui codifient ce que pourrait être une primaire ouverte à tous les «partis de gauche de gouvernement». Le document devrait être publié in extenso par le secrétariat du PS à la rénovation d'ici la semaine prochaine, avec mention des avis divergents de chacun.

 

Pour l'heure, les principales réticences ont été manifestées par les amis de Laurent Fabius, tandis que les amis de François Hollande et Bertrand Delanoë ont évolué favorablement sur la question, malgré quelques réserves encore.

 

Ce mercredi 17 juin, à l'occasion de leur douzième et dernière réunion, ils ont arrêté et voté un texte final qu'ils proposeront à l'ensemble de la direction socialiste. Mediapart, qui a eu accès à ce document, en révèle les grandes lignes.

http://www.mediapart.fr/article/offert/dde60731978b9dddd1...